Hemorroides qui gratte pourquoi

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Dossier  ·  Démangeaisons anales

Ça gratte, vous mettez de la crème, et deux jours plus tard ça gratte plus qu'avant

L'Assurance maladie range l'eczéma de contact et certains médicaments locaux parmi les causes de démangeaisons anales. Autrement dit : le produit que vous appliquez pour ne plus vous gratter peut faire partie de ce qui vous fait gratter. Voici comment le cercle s'installe, et où il se coupe.

Stéphanie Marchand
Par Stéphanie Marchand Rédactrice santé, rubrique Proctologie  ·  Publié le 11 septembre 2026  ·  Lecture 7 min
Homme d'une soixantaine d'années seul dans sa voiture
Personne ne se gratte devant les autres. On attend d'être seul, dans la voiture ou aux toilettes. C'est l'une des raisons pour lesquelles ce symptôme est si peu raconté au médecin.

Vous n'en parlez à personne, et c'est logique.

Ça a commencé petit. De temps en temps, le soir. Puis le soir tous les soirs. Aujourd'hui vous organisez vos journées autour de ça : vous choisissez où vous vous asseyez, vous guettez le moment où vous serez seul, vous vous levez la nuit.

Et à chaque fois, vous faites la seule chose que tout le monde vous a dit de faire. Vous ressortez le tube.

Ça calme. Le soir même, ça calme vraiment. Puis ça repart, et souvent ça repart plus fort. Vous en concluez que votre cas est tenace, ou que vous n'en mettez pas assez.

Ce n'est ni l'un ni l'autre. Il y a un mécanisme, il est connu, et il porte un nom.

Le cercle, en cinq étapes

Les dermatologues l'appellent le cercle démangeaison grattage. Il ne concerne pas que la zone anale, mais c'est là qu'il est le plus difficile à briser, parce que la zone reste chaude, humide et frottée toute la journée.

Comment il s'installe

  1. Ça démangeLe vaisseau dilaté sous la peau irrite, suinte légèrement, et la zone reste humide.
  2. Vous grattezLe soulagement dure quelques secondes. Le geste est presque réflexe, souvent pendant le sommeil.
  3. La peau casseUne peau fine et macérée se fissure vite. Micro fissures, peau à vif, traces de sang sur le papier.
  4. Vous appliquez une crèmeElle calme le soir. Mais un corps gras ferme la zone et entretient l'humidité, et certains actifs finissent par sensibiliser la peau.
  5. Ça démange davantageLa barrière de la peau est plus fragile qu'au départ. Le seuil de déclenchement a baissé.

Retour à l'étape 1, un cran plus bas à chaque tour

Voilà pourquoi ça empire alors que vous vous soignez. À chaque tour de cercle, il faut moins de choses pour déclencher la démangeaison. Au bout d'un moment, la chaleur d'un lit suffit.

Pourquoi une hémorroïde externe fait gratter

C'est le point que l'on prend rarement le temps d'expliquer en pharmacie.

Les hémorroïdes sont un réseau de vaisseaux sanguins présent chez tout le monde, en permanence, et parfaitement normal. Le problème commence quand ces vaisseaux se dilatent et restent gonflés. Sur le versant externe, ce gonflement produit trois choses, et aucune n'est douloureuse au départ :

  • Un suintement. Le vaisseau enflammé laisse filtrer un peu de liquide. La zone ne sèche plus jamais complètement.
  • Un relief. Les plis de peau deviennent difficiles à nettoyer, et l'essuyage devient irritant à lui seul.
  • Une macération. Humidité, chaleur, frottement du sous vêtement. C'est exactement le trio qui déclenche la démangeaison.

L'Assurance maladie cite d'ailleurs les difficultés d'essuyage, la transpiration et l'humidité chronique parmi les causes courantes de démangeaisons anales. Ce n'est pas un problème de propreté. C'est un problème de vaisseau qui reste gonflé et qui entretient une zone humide en permanence.

Schéma : paroi veineuse souple contre paroi veineuse fatiguée
À gauche, une paroi qui se rétracte après la pression. À droite, une paroi fatiguée qui reste distendue. Tant qu'elle reste dans cet état, elle continue d'irriter et de suinter.

Tant que le vaisseau reste gonflé, la peau au dessus n'a aucune chance de se refaire.

Pourquoi c'est pire la nuit

Presque tous ceux qui vivent ça décrivent la même chose : la journée c'est supportable, et dès que la lumière s'éteint, ça devient insupportable.

Trois raisons, très concrètes :

  • La chaleur du lit. Elle dilate les vaisseaux et augmente la transpiration locale. La zone devient plus humide, pas moins.
  • Plus rien pour occuper l'esprit. La démangeaison n'a plus aucune concurrence. Elle prend toute la place.
  • Le grattage pendant le sommeil. Vous ne le contrôlez pas, et vous découvrez le résultat le lendemain matin sur le papier.

C'est souvent la nuit qui fait craquer les gens, bien avant la gêne de la journée. On se lève, on va se rincer à l'eau froide dans la salle de bain, on se recouche, et ça recommence quarante minutes plus tard.

« Il y a un mois cela me grattait de temps en temps, et là c'est tout le temps. » Témoignage recueilli auprès d'un lecteur, 54 ans

Ce que fait vraiment chaque produit du tiroir

Titanoréine à la lidocaïne, Sédorrhoïde et Daflon 1000
Les trois produits que l'on retrouve dans presque tous les tiroirs. Une crème anesthésiante, un traitement de crise, un veinotonique par voie orale. Aucun des trois ne travaille au même étage.

Aucun de ces produits n'est un mauvais produit. Ils font ce pour quoi ils ont été conçus. Le problème est qu'aucun n'a été conçu pour sortir du cercle.

La crème anesthésiante

Lidocaïne, cinchocaïne, et leurs équivalents. Un anesthésique local coupe le signal nerveux. Vous ne sentez plus la démangeaison, donc vous ne grattez plus, donc ça va mieux le temps que le produit agit.

Deux limites. La première : rien n'a changé sous la peau, donc tout revient à l'arrêt du tube. La seconde est plus ennuyeuse. Les anesthésiques locaux appliqués sur la peau sont des sensibilisants connus : à force d'applications répétées sur une zone déjà fragilisée, ils peuvent déclencher un eczéma de contact. L'Assurance maladie liste explicitement l'eczéma de contact et les médicaments parmi les causes de démangeaisons anales.

La pommade aux corticoïdes

C'est le produit le plus efficace contre une démangeaison. Il éteint l'inflammation et il l'éteint vite. C'est d'ailleurs pour ça qu'il est prescrit.

Mais il est prévu pour des cures courtes, de quelques jours. Utilisé semaine après semaine sur une peau fine comme celle de cette zone, un dermocorticoïde amincit la peau et la rend plus fragile. Une peau plus fine se fissure plus facilement, et démange plus facilement. Et à l'arrêt, l'inflammation qui était contenue revient souvent d'un coup. Beaucoup de gens interprètent ce moment comme « mon problème s'aggrave » et reprennent le tube. Le cercle se referme là.

La crème grasse et les pommades protectrices

Elles isolent la zone et adoucissent l'essuyage. Mais un corps gras appliqué sur une zone déjà humide ferme la peau au lieu de la laisser sécher. Or l'humidité est le carburant principal de la démangeaison anale. On soulage le frottement et on entretient la macération.

Le comprimé veinotonique

Il travaille sur le bon étage, le vaisseau, mais par voie générale. L'actif part dans tout l'organisme et arrive dilué sur une zone de quelques centimètres carrés. Il agit sur le fond. Il ne fait rien pour la peau qui démange ce soir.

Le nœud du problème

Un produit qui endort la démangeaison ne répare pas la peau qui l'a déclenchée.
Un produit qui éteint l'inflammation trop longtemps fragilise cette même peau.
Un produit qui couvre la zone entretient l'humidité qui alimente le tout.

Et aucun des trois ne touche au vaisseau dilaté qui suinte en dessous.

Ce qu'il faudrait pour casser le cercle

Si on reprend les cinq étapes une par une, le cahier des charges s'écrit tout seul. Il faut un produit qui coche les quatre points en même temps :

  • Apaiser tout de suite, sinon vous grattez, et si vous grattez rien ne cicatrise.
  • Ne pas couvrir la zone d'un corps gras. La peau doit pouvoir sécher.
  • Ne pas toucher. Appliquer une crème avec le doigt sur une peau à vif, c'est du frottement supplémentaire, et c'est la raison pour laquelle tant de gens espacent les applications jusqu'à arrêter.
  • Travailler sur le vaisseau, pas seulement sur la sensation. Tant qu'il suinte, la zone reste humide et la démangeaison revient.

Repéré par la rédaction

Un laboratoire français a pris le problème par la voie d'application

Plutôt qu'une crème de plus, leur réponse est un spray : on pulvérise à quelques centimètres, sans contact, sans doigt, sans corps gras. L'application prend trois secondes, elle est faisable partout, et la peau reste à l'air.

Voir la composition

Les plantes qui resserrent au lieu d'endormir

Macro de plantes : marron d'Inde, hamamélis, calendula
Marron d'Inde, hamamélis, calendula. Trois plantes dont l'usage sur les troubles veineux et les irritations est documenté par les autorités européennes.

J'ai demandé la composition. Six plantes, dont deux font le gros du travail sur ce symptôme précis.

Hamamélis

Astringent et tonique veineux. Il resserre le tissu, ce qui réduit le suintement. Moins de suintement, moins d'humidité, et la démangeaison perd son carburant.

Marron d'Inde, et son actif l'aescine

Il diminue la perméabilité des capillaires et redonne de la résistance à la paroi du vaisseau. L'Agence européenne du médicament reconnaît son usage traditionnel pour les symptômes d'irritation et de brûlure associés aux hémorroïdes.

Calendula, nigelle, arbre à thé, aloe vera

Le calendula sur les micro fissures ouvertes par le grattage, la nigelle sur l'inflammation de fond, l'arbre à thé pour la protection antibactérienne d'une zone macérée, l'aloe pour l'apaisement dans la minute.

Ce qui n'est pas dedans compte autant que ce qui l'est : pas de corticoïde, pas d'anesthésique de surface, pas de corps gras, pas de parabènes. Rien qui amincisse la peau à la longue, rien qui l'endorme, rien qui ferme la zone.

Ce que disent les autorités de santé

L'Agence européenne du médicament (EMA) reconnaît l'usage traditionnel du marron d'Inde pour soulager les symptômes d'inconfort et de lourdeur liés aux troubles veineux, ainsi que les symptômes d'irritation et de brûlure associés aux hémorroïdes.

Elle reconnaît également l'usage traditionnel de l'hamamélis en application locale sur les symptômes hémorroïdaires et les irritations cutanées légères.

La Commission E allemande et l'ESCOP, deux références européennes en phytothérapie, confirment l'usage de ces deux plantes dans l'insuffisance veineuse.

Dans quel ordre les choses reviennent

Calendrier de quatorze jours coché au crayon
Quatorze jours. C'est la fenêtre sur laquelle la plupart des utilisateurs situent le changement.

Ce n'est pas spectaculaire, et c'est plutôt bon signe.

  • Le premier soirÇa s'apaise en une trentaine de secondes. C'est l'aloe et le calendula. De l'apaisement, pas encore de la réparation. L'intérêt est ailleurs : vous ne grattez pas cette nuit là.
  • Vers le jour 7La zone reste sèche plus longtemps dans la journée. C'est le signe que le suintement diminue. La plupart des gens le remarquent d'abord sur le sous vêtement.
  • Vers le jour 14Les micro fissures se sont refermées. Moins de traces sur le papier. La nuit redevient une nuit entière.
  • Au delàLes épisodes s'espacent, parce que le vaisseau qui déclenchait tout a dégonflé. C'est ce que les gens viennent chercher en réalité, bien plus que le soulagement : celui là, ils l'ont déjà eu dix fois avec un tube.
Flacon de spray Sérenia 30 ml
Flacon de 30 ml, environ un mois d'utilisation. Deux à trois pulvérisations par jour, sans contact avec la zone.

Ils avaient tous essayé les crèmes avant

« Je me relevais deux fois par nuit. La crème, je la mettais le soir, ça tenait jusqu'à une heure du matin. Au bout de dix jours avec le spray, j'ai dormi d'une traite. C'est ça que j'ai remarqué en premier. » Bernard T., 63 ans
« Les crèmes qui me brûlent, je ne peux pas. Le spray, je ne touche rien, je ne sens rien, et ça ne gratte plus au bout de trois jours. » Michel R., 57 ans
« Je veux en terminer avec ces démangeaisons, c'est tout ce que je demandais. Plus de traces sur le papier depuis deux semaines. Je n'y croyais pas en commandant. » Jean-Pierre C., 66 ans

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Le flacon de 30 ml correspond à environ un mois d'utilisation. Vous l'utilisez tous les jours pendant trente jours. Si ça gratte toujours autant, vous écrivez et vous êtes remboursé. Flacon entamé accepté, rien à renvoyer, aucun justificatif à fournir.

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Est ce que ça pique à l'application ?

Non. La formule ne contient ni alcool asséchant ni anesthésique. Sur une peau déjà fissurée par le grattage, on sent la fraîcheur du produit, pas une brûlure.

Faut il arrêter ma crème actuelle ?

Si elle vous a été prescrite, c'est une question à poser à votre médecin, pas à un article. Ce que l'on peut dire : les dermocorticoïdes sont prévus pour des cures courtes sur cette zone, pas pour un usage au long cours.

Combien de fois par jour ?

Deux à trois pulvérisations par jour, dont une le soir avant le coucher, qui est le moment le plus utile quand la démangeaison est nocturne.

Ça marche sur les hémorroïdes internes aussi ?

Le spray a été pensé d'abord pour l'externe, là où la démangeaison se joue. Il s'utilise aussi sur la marge anale en cas d'atteinte interne avec suintement.

Et si ça ne change rien chez moi ?

Vous écrivez avant la fin des trente jours et vous êtes remboursé. Flacon entamé, sans justificatif, sans renvoi.

Le cercle ne s'arrête pas tout seul.
Il s'arrête le jour où l'on cesse d'entretenir ce qui le nourrit.

Stéphanie Marchand
Stéphanie Marchand Rédactrice santé, rubrique Proctologie. Elle couvre les troubles circulatoires et les usages traditionnels des plantes depuis douze ans.
Sources
  • Ameli.fr, Démangeaisons anales : définition et causes
  • Ameli.fr, Hémorroïdes : définition, facteurs favorisants et symptômes
  • Société Nationale Française de Colo-Proctologie, recommandations sur le prurit anal
  • Agence européenne du médicament (EMA), monographie Aesculus hippocastanum L., semen
  • Agence européenne du médicament (EMA), monographie Hamamelis virginiana L.
  • Commission E allemande et ESCOP, monographies de phytothérapie, troubles veineux
  • VIDAL, Hémorroïdes : causes et complications